AFRODISAX, il y a de cela quelques années, c‘était un groupe de jeunes musiciens lorrains qui avaient eu l‘excellente idée de se trouver un nom qui sonnait bien, de produire une musique qui sonnait encore mieux et d‘aller faire résonner le tout dans les clubs et les salles de spectacle de l‘Est de la France sous les acclamations enthousiastes de publics légitimement conquis.
Imaginez donc: cinq saxes bardés de diplômes et capables de swinguer et d‘improviser comme s‘ils avaient sauté toute leur enfance sur les genoux de Charlie PARKER et de John COLTRANE. De surcroît multi-instrumentalistes à leurs heures (et si on leur demandait poliment), ils étaient drivés par une rythmique impeccable dont l‘âme, le pianiste compositeur Marc MANGEN, concoctait nuit et jour pour ses sept compères (dans son laboratoire secret perdu au cœur de la forêt luxembourgeoise) des arrangements rutilants que n‘auraient pas désavoués un Oliver NELSON ou un Shorty ROGERS!
Puis AFRODISAX eut la mauvaise idée de se séparer peu après avoir enregistré un superbe disque, témoin de cette époque glorieuse, qui recueillit les éloges de „Jazz Magazine“ et de „Jazz Hot“, rien moins!
Mais ce n‘est pas pour rédiger un éloge posthume que je prends la plume. Bien au contraire: j‘ai le plaisir et l‘honneur de vous annoncer en avant-première que, répondant enfin à la demande de ses nombreux fans à la mémoire longue - au premier rang desquels vous reconnaîtrez sans peine la silhouette émue de votre serviteur - AFRODISAX s‘est reformé, plus mûr, plus coloré, plus swinguant que jamais.
Deux saxes s‘en sont allés souffler leur blues ailleurs et deux trombones sont arrivés (pas par la coulisse, non, non, par la grande porte) donnant au son d‘ensemble un sacré coup de neuf. La plume de Marc MANGEN n‘a rien perdu de sa verve ni de sa rigueur. Elle noircit allègrement le papier à musique de mélodies subtiles, d‘harmonies savantes et de rythmes foisonnants et les cinq souffleurs sont toujours propulsés par une rythmique fougueuse et soudée.
Et pour se faire pardonner sa longue absence, AFRODISAX vient de réaliser un deuxième enregistrement qui devrait lui permettre d‘atteindre la renommée nationale et internationale qu‘il mérite. En 6 ans, me direz-vous, le paysage jazzistique français a notablement évolué: les „pointurent“ fourmillent, le moindre trio de fin fond de province, à peine sorti d‘une quelconque classe de jazz, pond un CD à ses frais, bref, la concurrence est rude. Justement, répondrai-je: écoutez „Life out of Balance“ et comparez ses 4 titres (vous en prenez, à chaque thème, pour au minimum 10 mn d‘une musique dense, foisonnante, pensée et improvisée qui puise son inspiration aussi bien dans le jazz moderne que dans les musiques médiévales, dans le funk que dans les harmonies hispanisantes, sans tomber dans le fourre-tout), comparez, disais-je, avec ce que font vos petits copains frais émoulus de Berklee ou d‘ailleurs, voire certains parisiens en vue, et vous verrez que non seulement AFRODISAX tient la route mais qu‘il pourrait en inciter plus d‘un à passer à la révision!
AFRODISAX est de retour parmi nous! J‘en connais à qui il ne sera pas nécessaire de le dire deux fois. Quant aux autres, souhaitons leur de ne jamais savoir ce qu‘ils perdent: ils ne s‘en remettraient pas!
Thierry Quénum - JAZZ MAG
N‘en déplaise à Gasti Meyer ou Gast Waltzing qui ont enregistré avec les big bands de la BRT ou du Conservatoire de Luxembourg, et aux autres acteurs dans le domaine du jazz du Grand-Duché : voici ce qu‘on a composé, joué et enregistré de meilleur au pays. Non, ce n‘est pas du Louis Armstrong ou du Ella Fitzgerald, non, ce n‘est pas du jazz traditionnel ou revenu à la mode. C‘est au contraire très authentique, très près de chez nous, par moments cela saisit à la gorge et donne la chair de poule, c‘est de la musique classique moderne, c‘est aussi du jazz, c‘est du reggae et du funk (dans „Stand Up For Your Rights“ (dédié à Bob Marley)), cela se passe quelque part entre le Gange et le Bosphore (dans „... And The Sun Lies Down On The Sacred River...“), cela respire le Moyen Age (dans „Life Out Of Balance“). C‘est un CD très fort avec quatre petites suites qui ont entre dix minutes et un quart d‘heure chacune, enregistré en été 1991, cela a été un concert très fort ce 2 avril au Théâtre des Capucins, concert organisé avec le soutien du SIT de Luxembourg.
Marc Mangen, c‘est ce jeune Luxembourgeois, la trentaine environ, qui, après ses études musicales à Luxembourg, Strasbourg et Cologne, accroché au jazz depuis une quinzaine d‘années, avait sorti un premier 33 tours avec Afrodisax en 1986 : on se l‘était arraché dans les magasins de disques boulevard St Michel; Jazz Hot et Jazz Magazine l‘avaient inondé d‘éloges les plus flatteurs. Participation à l‘époque au premier festival d‘été du jazzclubluxembourg en 1986, au premier festival de jazz régional „nuit du jazz“ au Théâtre des Capucins en 1987, représentant du Grand-Duché au Gaume Jazz Festival de Rossignol devenu plus tard le festival de jazz de la fédération mondiale des Jeunesses Musicales ... et ce fut pendant des années le silence autour de Marc Mangen.
Son exceptionnel batteur d‘origine colombienne Guillermo Roatta avait quitté Metz pour s‘installer à Bordeaux; il fut question de confier à Marc Mangen compositeur et chef d‘orchestre un orchestre régional de Lorraine, suite à la disparition du big band de Laurent Gianez, dont il avait été le fidèle pianiste pendant des années, mais l‘affaire ne se réalisa pas; le trio de Marc Mangen apparut encore une fois à la Theaterstiffchen d‘Esch-Alzette voilà trois ans ... et voilà que j‘appris - de Max Lang et Aït-Naceur, respectivement bassiste et batteur rencontrés par hasard à Sarrebruck en automne 1990 - que les répétitions d‘Afrodisax avaient enfin repris : à la formation de départ „saxes+rythme“ furent ajoutés deux trombones, un tuba en la personne de Patrick Charbonnier et Jean-François Charbonnier. Jean Kiffer manie le sopranino, le ténor, avec ferveur le baryton, avec bonheur la rare clarinette basse; Eric Fiegel au ténor et surtout Roby Glod au soprano et à l‘alto s‘imposent comme solistes tant par leurs idées que par leurs sonorités.
Dans les moments forts il y a du Thundering Herd de Woody Herman, du United Jazz and Rock Ensemble ou du Peter Herborn Acute Insight dans l‘air; les moments lyriques voire élégiaques rappellent un peu Jan Garbarek et John Christensen, beaucoup les plus belles plages de Charlie Mariano, Hugo Read ou les passages les plus délicats de Charles Loos. Lors du concert du 3 avril, au Steinway du Théâtre des Capucins, Marc Mangen avait longuement cité et paraphrasé Keith Jarrett au début de son apogée, Bremen et Lausanne, voilà bientôt vingt ans : combien c‘était beau, mais combien cela montrait aussi que vingt ans, c‘est déjà très loin, et combien „Life Out Of Balance“ par Marc Mangen, compositeur et pianiste et Afrodisax, son octette qui sonne comme le big band de Gil Evans, est actuel, sincère et profond. Un CD à acheter, une formation à programmer de toute urgence !
John Wecker, in „Lëtzebuerger Land“ avril 1992
La puissance des tutti, la douceur et la richesse de certains instants donnent aux compositions très travaillés de MANGEN la qualité des grandes formations … Très vite, on atteint la vitesse optimale, et la formation dont il est difficile d‘interrompre l‘emballement frise l‘explosion … de joie !
Dan Uher – HEBDOSCOPE– juin 1992
Il fallait voir la petite foule qui, peu à peu, s‘aglutinait autour de la platine, chez le disquaire parisien, tandis que passait Afrodisax. C‘était à qui s‘arracherait la pochette et, le vendeur eût-il disposé d‘une fournée d‘exemplaires, il les aurait vendus comme des petits pains. Il est vrai que le disque le mérite, même si toutes les les plages n‘ont pas le puissant impact de la première. Mais partout la rythmique est énergique, les solistes éloquents, les arrangements du pianiste et compositeur Marc Mangen à la fois élaborées, séduisants, efficaces. Dans sa façon de traiter le quintuor des saxophones, on sent à la fois l‘empreinte de toute la tradition du genre dans sa diversité, et une marque personnelle qui assure une rare cohésion de style renforcée par l‘art des exécutants. On souhaite à cet étonnant octette lorrain tout le succès qu‘on ne devrait même pas avoir à lui souhaiter si le public a encore des oreilles. (6/6)
Jacques Réda – JAZZ MAG n°362 – 1986
Voilà bien l‘un des disques les plus mystérieux de la saison. Produit par Marc Mangen, un luxembourgeois semble-t-il, qui tient le piano et a composé et arrangé ces six thèmes mystérieux, insolites, dérangeants, envoûtants que jouent cinq saxs (Francis Defloraine, Philippe Leclerc, Eric Fiegel, André Cuttitta et Jean Kiffer) et une rythmique. Il se dégage de cet Afrodisax un souffle ectoplasmique au charme bien trouble. Qui est Marc Mangen ? Qui sont ses hommes ? D‘oû viennent-ils ? Il faut vite monter à bord de ce fascinant vaisseau fantôme, à la destination inconnue. Etonnant.
Philippe Adler – JAZZ HOT n°442 – 1986
La première disque, féminisons, qui me soit tombée sur le râble constitue pour moi une belle surprise. Afrodisax du groupe du même nom, cinq saxophonistes et une rythmique basse-batterie, aligne, côté saxos, messieurs Francis Defloraine, Philippe Leclerc, Eric Fiegel, André Cuttitta, et Jean Kiffer, ainsi que Marc Mangen (p), Max Lang (b) et Guillermo Roatta (dm, perc). Je ne connaissais pas ces gaillards (avant) mais leur musique est ancrée dans une esthétique West Coast (si j‘écris Côte Ouest, y en a qui vont les chercher du côté de Perpignan), se prolongeant en vagues libertaires, évoquant le Jef Gilson milieu des années 1960. Un disque à vous démâter, bravo les gars !
François Billard – JAZZ MAG n°358 – 1986